Dante 700 ansImages5. De la rose des bienheureux aux mystères de la Trinité

3 janvier 20220


Dans le ciel de l’Empyrée, Béatrice a rejoint la rose des bienheureux et c’est saint Bernard de Clairvaux, vieillard vêtu de blanc, qui devient le dernier guide de Dante. Saint Bernard l’invite à regarder les bienheureux de l’Ancien et du Nouveau Testament, disposés en cercle sur les pétales d’une rose blanche (chants XXXI et XXXII). Il exhorte Dante à contempler le visage glorieux de Marie et de l’archange Gabriel qui chante Ave Maria, gratia plena (chant XXXII, vers 85-114). Dans l’ultime chant du Paradis, saint Bernard prie avec ardeur la Vierge pour que Dante lève les yeux vers la lumière divine. Le poète croit voir trois cercles de la même taille et de couleurs différentes, la Trinité (chant XXXIII, vers 109-138). Il observe le second cercle de l’Incarnation et mesure son incapacité à comprendre ces mystères jusqu’au moment où l’amour divin apaise sa volonté de savoir.
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Nicolas Chenard (1943)

Nous avons déjà découvert cet artiste plasticien français dans la sixième rubrique de l’Enfer. Nicolas Chenard est avant tout un sculpteur d’œuvres monumentales qui utilise aussi bien la pierre, le bronze et le bois. La Divine Comédie est pour lui le texte fondateur de l’humanisme, allégorique et mystique, auquel il a consacré dix ans de sa vie en l’illustrant avec cent linogravures et en écrivant à la main les quatorze mille deux cent trente-trois vers (d’après les traductions de A. Pezard et H. Hauvette).

Ci-dessous les trois dernières images du Paradis.

Sophie Dussidour (1954)

Cette artiste française privilégie la technique minutieuse et complexe de la gravure qui a remplacé progressivement son travail de peintre. L’alchimie entre le papier, l’encre, l’impression , le multiple l’ont séduit au point de devenir sa principale activité artistique. Dans sa recherche actuelle qu’elle a nommé « gravures/monotypes, peintures gravées », l‘artiste utilise toutes sortes de supports et de matériaux divers comme le carton, le rhénalon, la ficelle, la tarlatane. Plusieurs artistes nourrissent sa création, ses choix esthétiques et picturaux, comme par exemple Kandinsky, Miro, Jackson Pollock, Bacon, Rothko, Soulages et, notamment, Cézanne pour ce qui est de la couleur, très présente dans les réalisations de Sophie Dussidour.

La rose Céleste. 2020. Le Paradis. Chant XXXI. Sophie Dussidour.
Monotype sur papier, rhenalon, tarlatane, ficelle, aluminium. 50×65 cm.

C’est dans son atelier parisien que Sophie Dussidour a découvert Dante et la Divine Comédie en juin 2020. Un choc esthétique et littéraire au milieu d’une période chargée d’incertitude fût le point de départ. Depuis un an, Sophie Dussidour chemine les différents lieux de Dante – l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis – une sorte d’introspection dans cet univers poétique et énigmatique. Elle circule plastiquement entre et avec les mots de Dante au grès de son imagination, de son ressenti et de ses émotions. Les images crées, composées, imprimées sont des monotypes/gravures en tirages limités à 4/6 exemplaires sur papier BFK. Les séquences sur Dante, dans les trois lieux, sont aujourd’hui au nombre de 31, elles suivent le long chemin de Dante dans ce parcours poétique qu’elle interprète avec la lenteur et la patience que demande le travail de la gravure.

Dante plonge les yeux dans l’Essence infinie. 2020. Paradis. Chant XXXIII, vers 114-132.
Monotype sur papier, rhenalon et ficelle. 50×65 cm.
La Divine chromatie de Philippe Fretz (1969)

C’est à Orvieto (Ombrie) que cet artiste peintre genevois à découvert Dante, à la fois à travers la littérature italienne médiévale et par son portrait de Luca Signorelli dans la cathédrale. La lecture de l’œuvre l’a fait voyager dans un tourbillon d’images fantastiques et ses recherches préparatoires l’on conduit à poser la structure topographique de son travail.

Divine chromatie. 2014-2019. Philippe Fretz. Fresque de 3,60 x 11m composée de 33 tableaux de 120 x 100 cm. Huile sur lin.

Cinq années pour aboutir à la Divine chromatie, cette fresque monumentale (3m60 x 11 m), composée de 33 tableaux de 120 x 100 cm, inspirée de la structure et de la métrique du texte. L’artiste juxtapose des motifs médiévaux et contemporains comme par exemple iPhone, terrains de golf, personnages liés à sa famille ou encore le parallèle entre la Florence médiévale et Genève. Par ces éléments, Philippe Fretz situe le paradis dans une dimension du présent. La couleur vive et lumineuse est l’élément majeur de cette fresque.

Divine chromatie. 2014-2019. Philippe Fretz. Détail chant XXXI. 120 x 100 cm. Huile sur lin.*

« Ci-dessus (chant XXXI), chaussée de bottes lunées, Béatrice est entourée de Marie, un livre sur les genoux, et de Lucie, ses yeux posés sur une assiette. Dante pénètre du regard dans l’éternelle lumière divine. Ci-dessous (chant XXXII), Béatrice, postée au neuvième et dernier trou de golf, arborant un t-shirt à l’effigie de l’album « Nursery Cryme » de Genesis, propose une autre expérience physique, celle de la diffraction de la lumière par les fentes de Young » (texte de Stéphanie Lugon).

Divine chromatie. 2014-2019. Philippe Fretz. Détail chant XXXII. 120 x 100 cm. Huile sur lin.

« Le parcours de Dante se termine avec une étoile à cinq branches, placée symétriquement à l’entrée du récit. « Stella » est le dernier mot de l’Enfer, du Purgatoire et du Paradis. Entourée d’arbres, l’étoile marque la fin du voyage que Dante a mené, de la forêt obscure à la clairière d’une lumière nouvelle » (texte de Stéphanie Lugon).

Divine chromatie. 2014-2019. Philippe Fretz. Détail chant XXXIII. 120×100 cm. Huile sur lin.

« C’est ce que je trouve fabuleux: la couleur est à la fois un lieu de communion, de partage, et une expérience organique, esthétique, singulière. Il y a ainsi dans ce projet de Divine Chromatie une volonté de célébrer la couleur, comme quelque chose qui fasse fête, pour les yeux et les âmes » (Propos de Philippe Fretz).

« A l’alta fantasia qui mancò possa ;
ma già volgeva il moi disio e ‘l velle,
sì come rota ch’igualmente è mossa,
L’amor che move il sole et l’altre stelle.

Ma puissance d’imagination décrut ;
mais déjà tournait mon désir, le Vouloir,
comme une roue uniformément mue,
L’Amour qui meut le Soleil et les étoiles ».

Dernier vers du Paradis de la Divine Comédie (traduction Danièle Robert, Actes Sud, 2020).

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La certification qualité a été délivrée au titre de la catégorie d’action suivante : ACTIONS DE FORMATION

La Divine Comédie vue par 15 artistes contemporains

Par Andrea Ciarlariello

En 2006, le Comité Dante de Foligno, sous la direction d’Italo Tomassoni et soutenu par la Municipalité avec la contribution de la Fondation de la Cassa di Risparmio di Foligno, a lancé un projet ambitieux.: demander à des artistes contemporains d’interpréter et d’illustrer la Divine Comédie,

Ont répondu à cet appel, 15 artistes représentants de la Transavanguardia, de l’École de San Lorenzo, de l’Anachronisme et de l’Hypermanierisme, qui ont produit pour l’occasion 3 ou 4 œuvres chacun.: Omar Galliani, Ivan Theimer, Bruno Ceccobelli, Mimmo Paladino, Giuseppe Gallo, Enzo Cucchi, Piero Pizzi Cannella, Stefano Di Stasio, Marco Tirelli, Sandro, Gianni Dessì, Nunzio Di Stefano, Emilio Isgrò, Giuseppe Stampone et Roberto Barni

Après avoir enchanté le public de Buenos Aires, où l’exposition a été présentée à l’occasion du 83e Congrès international de Dante ce corpus constamment mis à jour est exposé du 5 au 16 mars au Palazzo Firenze sous la coordination scientifique de Chiara Barbato et Valentina Spata avec le soutien du Ministère du Patrimoine Culturel et des Activités en collaboration avec la Municipalité et le Comité Dantesque de Foligno.

Selon le Secrétaire général de La Dante Alighieri, Alessandro Masi: « Dante représente un défi incontournable pour les artistes du XXe siècle : De Guttuso, qui a illustré toute la Divine Comédie, à Dali et Isgrò lui-même. Dante représente un point fondamental dans l’imaginaire : là où l’homme traverse le sacré. Que nous le voulions ou non, nous appartenons au sacré et c’est au sacré que nous revenons. Dante nous le rappelle. L’art ne peut s’empêcher de révéler le divin et, comme le dit l’exégète français Paul Beauchamp, de rendre l’insupportable supportable ».