Dante 700 ansImages4. La corniche des poètes de l’amour

16 septembre 20210


Dans le chant XXVI, Dante chemine le long des flammes de la septième corniche, expiation du péché de luxure perpétré à Sodome et à Gomorrhe. Les voix des luxurieux chantent l’hymne Summae Deus Clementiae (Dieu de la clémence suprême) et font l’éloge de la chasteté et de la fidélité conjugale. En se croisant, deux groupes de pénitents échangent des baisers avant de poursuivre leur ascension. C’est dans ce contexte que Dante et Virgile rencontrent les poètes Guido Guinizelli et Arnaut Daniel.
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Federico Zuccari (1540 ? – 1609)

Grand maître du maniérisme, l’artiste a exécuté 88 dessins illustrant la Divine Comédie, entre 1586 et 1588. Ces dessins sont réunis dans l’ouvrage Dante historiato da Federico Zuccari. Les originaux sont conservés au musée des Offices à Florence depuis le XVIIIe siècle grâce à la donation, en 1738, d’Anne-Marie-Louise de Médicis. Le peintre utilise des techniques graphiques en fonction des sujets (graphite, sanguine, plume et encre brune, etc.). Chaque feuillet porte un commentaire de l’artiste pour clarifier certains détails ou passages narratifs. D’une extrême fragilité, ils ne sont montrés au public que très rarement.

Federico Zuccari – Septième corniche. Les luxurieux. Rencontre de deux groupes d’âmes : les luxurieux sans retenues et les luxurieux contre nature. Purgatoire, chant XXVI. Musée des Offices, Florence.
John Flaxman (1755- 1826)

C’est avec ses dessins linéaires au simple contour de trait sur papier uni que le dessinateur obtint une commande pour illustrer la Divine Comédie. Les dessins originaux de 1793 sont conservés à la bibliothèque Houghton de l’université de Harvard, Cambridge, Etats-Unis.

John Flaxman – Le destin ardent, Purgatoire, chant XXVI, 1807. Illustration de La Divine Comédie traduite par le révérend Henry Boyd aux éditions Robert Harding Evans, Londres.
Auteur et date inconnus – Guido Guinizelli

Dans le chant XI du purgatoire, Dante fait allusion aux deux Guidi, Cavalcanti et Guinizzelli. L’oeuvre de Guinizzelli se compose de cinq canzoni et quinze sonetti. Son sujet est l’amour et la noblesse du coeur. Il révolutionne la poésie traditionnelle dans sa « canzone », Al cor gentile rempaira sempre amore. Dans le chant XXVI, vers 91-93, Dante reconnait Guinizzelli comme le maître du Dolce Stil Novo, important mouvement poétique basé sur le raffinement et la courtoisie, de l’amour profane à l’amour sacré. Aux vers 116-117, Guido Guinizzelli montre du doigt Arnaut Daniel et le présente comme le meilleur forgeron du parler maternel.

Enluminure du XIIIème siècle – Arnaut Daniel jongleur. BNF, Paris.

Né à Ribérac vers 1150, Arnaut Daniel est un troubadour périgourdin. Il se fait connaître d’abord comme jongleur, puis fréquente les cours royales déclamant ses poèmes en chantant. Les poètes italiens de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance l’admirent. Dante et Pétrarque écrivent par exemple qu’en tant que « grand maître d’amour » son style « fait encore honneur au pays qui l’a vu naître ». Arnaut Daniel est l’inventeur de la sextine, prouesse littéraire reconnue et toujours utilisée. Dante laisse parler Arnaut Daniel dans sa langue maternelle, le provençal.

Enluminure du XIIIème siècle – Arnaut Daniel. BNF, Paris

En 1941, pendant l’occupation, Louis Aragon découvre et s’inspire du poète et annexe La leçon de Ribérac ou l’Europe française à son livre Les yeux d’Elsa publié en 1942. À Ribérac, en 2012, un colloque international met le troubadour à l’honneur et en 2015, le “Cercle Arnaut Daniel” s’est reconstitué.

Giorgio Vasari (1511-1574)

Dante savait s’entourer de célèbres poètes que le peintre maniériste nous présente. De gauche à droite Guittone d’Arezzo, grande figure artistique et morale et Cino da Pistoia, jurisconsulte et poète. Boccace, Pétrarque et Dante dits «les trois couronnés» imposèrent et unifièrent le Toscan comme langue littéraire. À droite, le fidèle ami de Dante, le poète Guido Cavalcanti.

Vasari
Giorgio Vasari – Six poètes toscans, 1544. Huile sur toile. Institut d’Art à Minneapolis – Minnesota, États-Unis.

Pour aller plus loin :

  • D’après Canello, traduction française et notes de René Lavaud – Les poésies d’Arnaut Daniel, 1910 – Privat, Toulouse
  • Marina Gagliano, Philippe Guérin et Raffaella Zanni (dir) – Les deux Guidi Guinizzelli et Calvalcanti, Mourir d’aimer et autres ruptures, 2016 – Presse Sorbonne Nouvelle, Paris.
  • Maurizio Perugi – Arnaut Daniel, canzoni, 2015 – Edizioni del Galluzzo pour la Fondation Ezio Franceschini, Florence.
  • Francesca Salvadori – John Flaxman : Illustration de la Divine comédie de Dante, 2005 – Royal Academy of Arts, Londres
  • Giorgio Vasari – Vies des peintres 2, réédition 1999 – Les belles lettres, Paris
  • Federico Zuccari à la Galerie des Offices à Florence : https://youtu.be/OuVjFmGwfNQ

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La Divine Comédie vue par 15 artistes contemporains

Par Andrea Ciarlariello

En 2006, le Comité Dante de Foligno, sous la direction d’Italo Tomassoni et soutenu par la Municipalité avec la contribution de la Fondation de la Cassa di Risparmio di Foligno, a lancé un projet ambitieux.: demander à des artistes contemporains d’interpréter et d’illustrer la Divine Comédie,

Ont répondu à cet appel, 15 artistes représentants de la Transavanguardia, de l’École de San Lorenzo, de l’Anachronisme et de l’Hypermanierisme, qui ont produit pour l’occasion 3 ou 4 œuvres chacun.: Omar Galliani, Ivan Theimer, Bruno Ceccobelli, Mimmo Paladino, Giuseppe Gallo, Enzo Cucchi, Piero Pizzi Cannella, Stefano Di Stasio, Marco Tirelli, Sandro, Gianni Dessì, Nunzio Di Stefano, Emilio Isgrò, Giuseppe Stampone et Roberto Barni

Après avoir enchanté le public de Buenos Aires, où l’exposition a été présentée à l’occasion du 83e Congrès international de Dante ce corpus constamment mis à jour est exposé du 5 au 16 mars au Palazzo Firenze sous la coordination scientifique de Chiara Barbato et Valentina Spata avec le soutien du Ministère du Patrimoine Culturel et des Activités en collaboration avec la Municipalité et le Comité Dantesque de Foligno.

Selon le Secrétaire général de La Dante Alighieri, Alessandro Masi: « Dante représente un défi incontournable pour les artistes du XXe siècle : De Guttuso, qui a illustré toute la Divine Comédie, à Dali et Isgrò lui-même. Dante représente un point fondamental dans l’imaginaire : là où l’homme traverse le sacré. Que nous le voulions ou non, nous appartenons au sacré et c’est au sacré que nous revenons. Dante nous le rappelle. L’art ne peut s’empêcher de révéler le divin et, comme le dit l’exégète français Paul Beauchamp, de rendre l’insupportable supportable ».