Dante 700 ansImages3. La corniche des orgueilleux

4 août 20210


Le chant XI commence par le Pater Noster, prière récitée par les orgueilleux que Dante commente à chaque vers. Dans leur vie, ces hommes marchaient d’une allure hautaine. Sur cette première corniche du purgatoire, ils expient en marchant courbés sous le poids d’une lourde pierre, le regard baissé. Virgile et Dante rencontrent Umberto Aldobrandeschi, Provenzan Salvani et Oderisi da Gubbio, célèbre miniaturiste qui a dépassé son maître Franco Bolognese. Cette corniche est également appelée la corniche des artistes.
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Georges Vriz
Purg, chant XI 52/54. 1998. Georges Vriz.

Et si je n’étais empêché par la pierre,
qui dompte mon col  orgueilleux,
et qui me force à baisser le visage,
( traduction Jaqueline Risset)

Vladimir Veličković (1935 – 2019)

Peintre, dessinateur et graveur français d’origine yougoslave, il est associé au mouvement de figure narrative. Sa peinture et ses dessins expriment le plus souvent la douleur et la violence de l’humanité. Ici les corps sont écrasés au sol sous le poids de la pierre.

Les orgueilleux. 1998. Vladimir Veličković. Dessin de La Comédie selon Kolja Mičević. 2017.

Dante rencontre Umberto Aldobrandeschi issu d’une noble famille lombarde, orgueilleux de son illustre naissance. Il est accompagné d’Oderisi da Gubbio, petite ville en Ombrie, célèbre enlumineur et miniaturiste du XIIIème siècle, orgueilleux de sa renommée et de l’ancien chef siennois Provenza Salvani, orgueilleux de son pouvoir politique.

Dante et Virgile regardant Umberto Aldobrandeschi et Oderisi da Gubbio. Miniature du 15è siècle, Bibliothèque du séminaire Vescovile, Padoue.
Cenni di Pepo dit Cimabue (1250-1302)
Cimabue. 1841. Illustration. Vies des peintres, sculpteurs et architectes par Giorgio Vasari.

Ayant vécu à la même époque que Dante, Cimabue est reconnu comme le peintre du renouveau avec la fin du style byzantin et ouvre la voie de la pré-renaissance. Vasari commence avec lui la série de Vies des peintres et des sculpteurs illustres : “Cimabue, écrit-il, fut en quelque sorte la cause initiale du renouvellement de la peinture.” Il est parmi les personnages que Dante rencontre dans le chant XI du purgatoire. v 94-96. Cimabue a eu Giotto comme élève qui a vite dépassé le maître.

Giotto di Bondone (1266-1337)

Giotto est considéré comme l’un des premiers maîtres précédant la Renaissance, à la fois peintre, architecte et sculpteur. Élève de Cimabue, il l’a suivi à Assise où il participe aux fresques de la basilique. Il est aussi à l’origine d’une des plus belles réalisations du XIIIe siècle, la chapelle Scrovegni à Padoue dont il est aussi l’architecte. Chassé de Florence, Dante se réfugie à Padoue où il aurait rencontré Giotto et se serait inspiré du jugement dernier de la chapelle. Boccace le définit comme « le meilleur peintre du monde » et dira également « Giotto se situe aux seuils des temps nouveaux avec la même majesté que Dante ».

Cinq maîtres de la Renaissance florentine, Portrait de Giotto di Bondone (détail). Attribué à Paolo Uccello. Fin XVe siècle. Musée du Louvre, Paris.
Le Paradis. XIVe siècle. Fresque de Giotto. Chapelle Sainte Marie-Madeleine. Museo del Bargello, Florence. Détail avec le plus ancien portrait de Dante Alighieri.

La gloire de Cimabue passe à Giotto qui connaît une célébrité extraordinaire. En le citant parmi les orgueilleux, où se trouvent les poètes et les artistes, Dante suggère que Giotto a recherché et conquis cette renommée.

Giotto peint le portrait de Dante. 1852. Dante Gabriel Rossetti. Collection Andrew Lloyd Webber. Royaume-Uni.

Pour aller plus loin :

  • Michel Onfray. Splendeur de la catastrophe. La peinture de Vladimir Veličković. 2002. Galilée, Paris.
  • Luciano Bellosi et Giovanna Ragionieri. Cimabue.1998. Actes Sud, Arles.
  • André Chatel et Edi Baccheschi. Giotto. 1982. Flammarion, Paris.
  • Giovanni Fighera. Il purgatorio : Ritorno all’eden perduto. In viaggio con Dante. 2017. Edizioni Ares, Milan.
  • Marcelin Pleynet. Giotto. 2013. F Hazan pour Hachette Livre. Vanves, France.
  • Mario Scalini. L’arte a Firenze nell’età di Dante 1250-1300. 2004. Giunti Editore. Florence.

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La Divine Comédie vue par 15 artistes contemporains

Par Andrea Ciarlariello

En 2006, le Comité Dante de Foligno, sous la direction d’Italo Tomassoni et soutenu par la Municipalité avec la contribution de la Fondation de la Cassa di Risparmio di Foligno, a lancé un projet ambitieux.: demander à des artistes contemporains d’interpréter et d’illustrer la Divine Comédie,

Ont répondu à cet appel, 15 artistes représentants de la Transavanguardia, de l’École de San Lorenzo, de l’Anachronisme et de l’Hypermanierisme, qui ont produit pour l’occasion 3 ou 4 œuvres chacun.: Omar Galliani, Ivan Theimer, Bruno Ceccobelli, Mimmo Paladino, Giuseppe Gallo, Enzo Cucchi, Piero Pizzi Cannella, Stefano Di Stasio, Marco Tirelli, Sandro, Gianni Dessì, Nunzio Di Stefano, Emilio Isgrò, Giuseppe Stampone et Roberto Barni

Après avoir enchanté le public de Buenos Aires, où l’exposition a été présentée à l’occasion du 83e Congrès international de Dante ce corpus constamment mis à jour est exposé du 5 au 16 mars au Palazzo Firenze sous la coordination scientifique de Chiara Barbato et Valentina Spata avec le soutien du Ministère du Patrimoine Culturel et des Activités en collaboration avec la Municipalité et le Comité Dantesque de Foligno.

Selon le Secrétaire général de La Dante Alighieri, Alessandro Masi: « Dante représente un défi incontournable pour les artistes du XXe siècle : De Guttuso, qui a illustré toute la Divine Comédie, à Dali et Isgrò lui-même. Dante représente un point fondamental dans l’imaginaire : là où l’homme traverse le sacré. Que nous le voulions ou non, nous appartenons au sacré et c’est au sacré que nous revenons. Dante nous le rappelle. L’art ne peut s’empêcher de révéler le divin et, comme le dit l’exégète français Paul Beauchamp, de rendre l’insupportable supportable ».