Dante 700 ansImages1. Entrée au Purgatoire

1 juillet 20210


Lorsque Dante écrit le Purgatoire, cette notion est récente pour l’Église (concile de Lyon de 1274) : les âmes des pécheurs peuvent être désormais purifiées par des peines purgatoires ou purificatrices dans un espace de transition. Dante place son purgatoire dans l’hémisphère austral de la Terre en lui donnant la forme d’une montagne isolée et escarpée. Elle a jailli de la mer lorsque Lucifer a créé le gouffre de l’enfer. En raison de son origine, le mont du purgatoire se situe à l’opposé de Jérusalem, le centre des terres émergées dans l’hémisphère boréal. La géographie du purgatoire s’articule en trois parties : l’anté-purgatoire, le purgatoire et le paradis terrestre.
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Le Purgatoire
Le Purgatoire, 1316, gravure, auteur inconnu.

Le Purgatoire, maison de Dante, année et auteur inconnu. Florence.

Dans l’enfer, Dante et Virgile descendaient les corniches a sinistra. Ici, ils se retrouvent sur la plage du purgatoire et vont monter de terrasse en terrasse a destra. Dans cette ascension, les âmes des pénitents purgent les sept péchés capitaux (orgueil, envie, colère, paresse, avarice, gourmandise et luxure). Ils sont accueillis par un ange gardien qui leur oppose les sept vertus (l’humilité, la charité, la paix, le zèle, la justice, la tempérance et la chasteté). Au sommet, le paradis terrestre où Virgile quitte Dante, n’étant pas baptisé, il ne peut aller plus loin.

Le passage
Illustration du chant XXXIV de l’Enfer de Dante Alighieri, manuscrit conservé à la Bibliothèque vaticane, Rome, Ms Urb. Lat. 365, fol.95v. Ferrare, 1474-1492

Virgile prend Dante sur son dos et entame la descente agrippé à Lucifer. Lorsqu’ils parviennent à ses hanches et, ayant dépassé le centre de la terre, Virgile se retourne et s’accroche à ses poils comme à une échelle, «la scala col pelo». Ils atteignent ainsi les marches pour sortir et prennent le chemin creusé par le fleuve Léthé qui les conduira à la plage du purgatoire.

Don Simone Camaldolese (1378 – 1405)

Enlumineur italien d’origine siennoise, il est aussi un frère religieux de l’ordre camaldule (branche de l’ordre bénédictin) au monastère de Santa Maria degli Angeli à Florence. Le monastère possède un important et célèbre scriptorium mis en lumière par Vasari dans sa Vita di Lorenzo Monaco. Trois grands artistes font la réputation de ce scriptorium : Don Silvestro, le plus âgé, Don Simone Camaldolese et Don Lorenzo Monaco.

Chant I du Purgatoire, 1398, enluminure de Simone Camaldolese, Biblioteca Medicea Laurenziana, Florence.

La première scène représente Virgile et Dante en mer vers le purgatoire, puis sur la plage où ils rencontrent Caton d’Utique (actuelle Tunisie), gardien du purgatoire qui les autorise à gravir la montagne. Dans la troisième scène, un ange arrive sur une barque avec les âmes repenties et dans la dernière, il inscrit sept fois la lettre P (sept péchés capitaux) sur le front de Dante.

François Lafon (1846 – 1929)

Peintre français, François Lafon nous présente Dante et Virgile sur la plage du purgatoire, dans le chant II, 28-30 (traduction Danièle Robert). Ce dernier s’adresse à Dante :

gridò : « Fa, fa che le ginocchia cali.
Ecco l’angel di Dio : piega le mani ;
omai vedrai di sì fatti officiali. »            

Il me cria : « Plie le genou, allez !
Voici l’ange de Dieu : joins tes deux mains ;
tu reverras semblables officiers. »

Dante et Virgile sur les rives du Purgatoire. 1886. Huile sur toile. Collection privé
Alfred de Curzon (1820 – 1895)

Dans ce tableau, le peintre français nous présente une vaste composition allégorique où Dante et Virgile observent la barque chargée d’un groupe de tout âge, conduite par un ange aux ailes largement déployées, chant II, 37-45 (traduction Danièle Robert).

«  Poi, come più e più verso noi venne
l’uccel divino, più chiaro appariva :
per che l’occhio da presso nol sostenne, …

Da poppa stava il celestial nocchiero,
tal che parea beato per iscripto ;
e più di cento spirti entro sediero. »

« Au fur et à mesure qu’approchait
l’oiseau divin, plus brillait son éclat :
mes yeux ne le supportant pas de près, …

En poupe était le céleste nocher
tel que le bonheur en lui semblait inscrit
et plus de cent esprits l’accompagnaient. »

Le Purgatoire, chant I. 1857. Huile sur toile. Musée Sainte Croix, Poitiers.

Pour aller plus loin :

  • Danièle Robert. Dante Alighieri Purgatoire, La Divine Comédie. 2018. Traduit de l’italien, préfacé et annoté par l’auteur. Edition bilingue. Actes Sud, Arles
  • Jacques Le Goff. La naissance du Purgatoire. 1991. Folio histoire. Gallimard, Paris
  • Henri de Curzon. Alfred de Curzon, sa vie, son œuvre. 1916. H Laurens, Paris.

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La Divine Comédie vue par 15 artistes contemporains

Par Andrea Ciarlariello

En 2006, le Comité Dante de Foligno, sous la direction d’Italo Tomassoni et soutenu par la Municipalité avec la contribution de la Fondation de la Cassa di Risparmio di Foligno, a lancé un projet ambitieux.: demander à des artistes contemporains d’interpréter et d’illustrer la Divine Comédie,

Ont répondu à cet appel, 15 artistes représentants de la Transavanguardia, de l’École de San Lorenzo, de l’Anachronisme et de l’Hypermanierisme, qui ont produit pour l’occasion 3 ou 4 œuvres chacun.: Omar Galliani, Ivan Theimer, Bruno Ceccobelli, Mimmo Paladino, Giuseppe Gallo, Enzo Cucchi, Piero Pizzi Cannella, Stefano Di Stasio, Marco Tirelli, Sandro, Gianni Dessì, Nunzio Di Stefano, Emilio Isgrò, Giuseppe Stampone et Roberto Barni

Après avoir enchanté le public de Buenos Aires, où l’exposition a été présentée à l’occasion du 83e Congrès international de Dante ce corpus constamment mis à jour est exposé du 5 au 16 mars au Palazzo Firenze sous la coordination scientifique de Chiara Barbato et Valentina Spata avec le soutien du Ministère du Patrimoine Culturel et des Activités en collaboration avec la Municipalité et le Comité Dantesque de Foligno.

Selon le Secrétaire général de La Dante Alighieri, Alessandro Masi: « Dante représente un défi incontournable pour les artistes du XXe siècle : De Guttuso, qui a illustré toute la Divine Comédie, à Dali et Isgrò lui-même. Dante représente un point fondamental dans l’imaginaire : là où l’homme traverse le sacré. Que nous le voulions ou non, nous appartenons au sacré et c’est au sacré que nous revenons. Dante nous le rappelle. L’art ne peut s’empêcher de révéler le divin et, comme le dit l’exégète français Paul Beauchamp, de rendre l’insupportable supportable ».