Dante 700 ansImages6. Lucifero

17 juin 20210


C’est dans le dernier cercle de l’Enfer que Lucifer, empereur du règne de douleur, domine les traîtres dont les corps sont pris dans une mer de glace. L’origine latine du mot – lux (lumière) et ferre (porter) – le définit comme un être de la lumière et du matin, porteur de clarté. Représenté depuis le Moyen âge comme un monstre géant, à la tête aux trois visages, son image se charge, dans le temps, d’autres éléments venant marquer sa connotation maléfique (cornes, poils, ailes de chauve-souris, socles, griffes..) en écho avec les différents textes et références iconographiques. Dante débute ce chant XXXIV, le dernier de l’Enfer, par les premiers mots de l’hymne Vexilla Regis prodeunt (606) de Venanzio Fortunato qui se chante toujours lors de la liturgie du Vendredi Saint pour saluer la Croix.
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Nicolas Chenard (1943)

Le sculpteur-plasticien français, Nicolas Chenard s’est consacré à la Divine Comédie pendant dix ans et a produit cent illustrations en utilisant la linogravure, une technique dérivée de la xylographie se servant du linoléum comme matière de support et utilisée en gravure depuis le début du XXe siècle.

Enfer Chant XXXIV, linogravure, 2013.

L’auteur reprend ici, dans la représentation de la Giudecca, le thème du géant ailé aux trois visages en train de dévorer trois grands traîtres de l’histoire. Le corps à moitié englouti de Judas Iscariote, l’apôtre qui a trahi Jésus, se débat dans la bouche du visage rouge (symbole de la haine) alors que Cassius, assassin de Jules César et son complice Brutus, sont suspendus, tête en bas, respectivement dans les bouches jaune et noire (symboles de l’impuissance et de l’ignorance). À droite, Virgile et Dante tournent le dos à Lucifer et regardent vers le tourbillon de lumière d’où ils sortiront « a riveder le stelle » (voir de nouveau les étoiles) avant de continuer le voyage vers le purgatoire.

Pietro Piasi Cremonese (XVe siècle)
Lucifer du chant XXXIV de l’Enfer, 1491, gravure sur bois, Venise, incunable conservé à la Maison de Dante, Rome.

Cette ancienne édition de la Divine Comédie qui contient quatre cent illustrations coloriées à la main a été imprimée à Venise par Pietro Piasi Cremonese, avec le commentaire de Cristoforo Landino révisé par Piero da Figino.

Ludovico Cardi, dit Il Cigoli (1559-1616)

Il Cigoli, peintre et architecte de l’école florentine, noua une grande amitié avec Galileo Galilei avec qui il partage les techniques d’observation et calcul de la taille, la forme et l’emplacement de l’enfer et de Lucifer. En 1587, le jeune Galileo donne  « Due lezioni all’Accademia Fiorentina circa la figura, sito e grandezza dell’Inferno di Dante » afin d’éclairer l’interprétation de la géographie de l’Enfer dantesque. Dans la gravure de droite, Galileo expose sa théorie géométrique de l’enfer.

Lucifer pour la Divine Comédie, 1590, Lodovico Cardi, esquisse à la plume, encre brune et lavis
Lucifer, chant XXXIV, 1595, dessin de Lodovico Cardi, gravure de Cornelis Galle l’ancien
Francesco Scaramuzza (1803 – 1886) 

Peintre originaire de Parme, Francesco Scaramuzza consacre plus de cinquante ans de sa vie à l’illustration de plusieurs éditions de la Divine Comédie. Il décore également une des salles de la bibliothèque Palatine à Parme qui deviendra la salle Dante.

Illustration pour le chant 34 de la Divine Comédie, Inferno, avant 1886
Amos Nattini (1892 – 1985) 

Amos Nattini, peintre italien travaillera pendant vingt ans pour créer les cent images de la Divine Comédie en passant de l’aquarelle à l’huile sur toile et l’œuvre achevée sera imprimée sur papier « main » en 1941. Dans cette toile de claire empreinte futuriste, le peintre traite Lucifer surgissant d’une éruption de glace selon l’idéal du superuomo si cher à Gabriele d’Annunzio, désormais dépouillé de toute animalité.

Satan de Dante au lac gelé de Cocytus. Peinture à l’huile, 1923

Pour aller plus loin :

  • Site web de Nicolas Chenard : chenard.nicolas.free.fr
  • Chenard Nicolas. La divine comédie de Dante Alighieri, textes manuscrits, linigravures et édition par l’auteur. 2011
  • Galilei Galileo. Due lezioni all’Accademia Fiorentina circa la figura, sito e grandezza dell’Inferno di Dante. 1587  (trad. fr. 2008, Fayard, Paris)
  • Gizzi Corrado. Francesco Scaramuzza e Dante. 1997. Mondadori Electa, Milan.
  • Grunbein Durs. Galilée arpente l’Enfer de Dante. 1999. L’Arche, Paris.

Mangas et jeux vidéos inspirés de l’Enfer de la Divine Comédie

  • Go Nagai. La Divine Comédie. 1994. Black Box Editions, collection Go Nagai, Japon ; Demon Lord Dante sous le nom  de Maõ Dante. 2018. Shogakukan, Japon.
  • Eiichirõ Oda. One piece. 2000. Version française, Glénat, Grenoble.
  • Masami Kurumada. Les Chevaliers du Zodiaque. 2005. Kana, Paris.
  • Viceral Games. Dante’s Inferno. 2010. Electronic Arts. Redwood city, Californie, Etats-Unis.

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La Divine Comédie vue par 15 artistes contemporains

Par Andrea Ciarlariello

En 2006, le Comité Dante de Foligno, sous la direction d’Italo Tomassoni et soutenu par la Municipalité avec la contribution de la Fondation de la Cassa di Risparmio di Foligno, a lancé un projet ambitieux.: demander à des artistes contemporains d’interpréter et d’illustrer la Divine Comédie,

Ont répondu à cet appel, 15 artistes représentants de la Transavanguardia, de l’École de San Lorenzo, de l’Anachronisme et de l’Hypermanierisme, qui ont produit pour l’occasion 3 ou 4 œuvres chacun.: Omar Galliani, Ivan Theimer, Bruno Ceccobelli, Mimmo Paladino, Giuseppe Gallo, Enzo Cucchi, Piero Pizzi Cannella, Stefano Di Stasio, Marco Tirelli, Sandro, Gianni Dessì, Nunzio Di Stefano, Emilio Isgrò, Giuseppe Stampone et Roberto Barni

Après avoir enchanté le public de Buenos Aires, où l’exposition a été présentée à l’occasion du 83e Congrès international de Dante ce corpus constamment mis à jour est exposé du 5 au 16 mars au Palazzo Firenze sous la coordination scientifique de Chiara Barbato et Valentina Spata avec le soutien du Ministère du Patrimoine Culturel et des Activités en collaboration avec la Municipalité et le Comité Dantesque de Foligno.

Selon le Secrétaire général de La Dante Alighieri, Alessandro Masi: « Dante représente un défi incontournable pour les artistes du XXe siècle : De Guttuso, qui a illustré toute la Divine Comédie, à Dali et Isgrò lui-même. Dante représente un point fondamental dans l’imaginaire : là où l’homme traverse le sacré. Que nous le voulions ou non, nous appartenons au sacré et c’est au sacré que nous revenons. Dante nous le rappelle. L’art ne peut s’empêcher de révéler le divin et, comme le dit l’exégète français Paul Beauchamp, de rendre l’insupportable supportable ».