Dante 700 ansImages3. Les Simoniaques du lieu-dit «Malebolge»

6 mai 20210

Dans le chant XIX de l’Enfer, Virgile accompagne Dante jusqu’au bord de la troisième fosse où se trouvent les simoniaques, parmi lesquels Dante place les papes Nicolas III, Boniface VIII et Clément V. Leurs corps sont enterrés, la tête en bas, en laissant sortir uniquement les jambes qu’ils agitent frénétiquement sous l’effet des flammes qui brûlent leurs pieds. La simonie doit son nom à un personnage des Actes des Apôtres, Simon le Magicien qui voulut acheter à saint Pierre son pouvoir de faire des miracles, ce qui lui valut la condamnation de l’apôtre.

Gustave Doré (1832 – 1883)

De 1861 à 1868, Gustave Doré illustre soixante-quinze planches de la Divine Comédie en utilisant une nouvelle technique de gravure sur bois de teinte qui lui permet un rendu beaucoup plus subtil et riche grâce aux nuances et demi-teintes des lavis. Théophile Gautier dira à juste titre qu’il a inventé « le climat de l’enfer ».

Dante parle au pape Nicolas III, 1861, L’Enfer de Dante Alighieri, Louis Hachette, Paris
Portrait de Dante en frontispice de L’Enfer de Dante Alighieri, 1861, Louis Hachette, Paris

 

Doré joue beaucoup avec de puissants effets de clair-obscur en noir et blanc. Son univers fantastique et visionnaire frappe les imaginations au point de prendre le dessus sur le texte, ce qui fera dire à une voix anonyme : L’auteur est écrasé par le dessinateur. Plus que Dante illustré par Doré, c’est Doré illustré par Dante.

Dante et Virgile dans le neuvième cercle de l’Enfer, 1861, huile sur toile, musée de Brou, Bourg-en-Bresse.

William Blake (1757 – 1827)

Dante Alighieri, 1800, aquarelle, Manchester City Galleries.

On doit à William Blake, peintre, graveur et poète pré-romantique britannique, la technique d’appliquer de l’encre ou de la peinture à l’eau sur une plaque pour en tirer des épreuves et les finir à l’aquarelle. Pendant les dernières années de sa vie, il illustre la Divine Comédie de 102 aquarelles, dont 72 consacrées à l’enfer.

Le Pape Simoniaque, 1824, Aquarelle sur papier, Tate Collection, Londres

Aquarelle représentant le châtiment de Nicolas III avec une palette froide dominée par les tons gris bleus, éclairée par les oranges pâles des flammes.

Le trait de Blake est fortement influencé par Michel Ange, comme le montre ici le corps du pape à la puissante musculature, entièrement visible grâce à un effet de transparence du puits.

Au-dessus, l’auteur place Dante se réfugiant dans les bras de Virgile après avoir été apostrophé par Nicolas III qui l’a confondu avec son successeur Boniface VIII, grand ennemi du poète et lui aussi destiné à la même peine.

Georges Vriz (19402017)

Son père d’origine italienne lui transmet sa passion pour le bois et le travail de marqueterie. Au milieu des années 80, Georges Vriz crée une nouvelle technique portant son nom et qui consiste dans la superposition de marqueterie différentes avec des effets de transparence grâce à un minutieux travail de ponçage. En 1997-1998, il illustre la Divine Comédie en 100 tableaux et Jacqueline Risset préface son catalogue.

ENF chant XIX, 47/48, Les Simoniaques, 1998, technique mixte sur papier contrecollé sur bois.
« âme souffrante et plantée comme un pieu » Commençai-je à dire, « si tu peux, parle moi. »
(traduction Jaqueline Risset)

Pour aller plus loin :

  • L’Enfer de Dante Alighieri,  avec les dessins de Gustave Doré, traduction de Pier-Angelo Fiorentino, 1868, Librairie Hachette, Paris
  • David Bindman, 2000 La Divine Comédie, William Blake, Bibliothèque de l’Image, Paris
  • Ermes Dorigo, Jacqueline Risset, 2006, Vriz, La divine comédie de Dante, Edition Il Segno

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La Divine Comédie vue par 15 artistes contemporains

Par Andrea Ciarlariello

En 2006, le Comité Dante de Foligno, sous la direction d’Italo Tomassoni et soutenu par la Municipalité avec la contribution de la Fondation de la Cassa di Risparmio di Foligno, a lancé un projet ambitieux.: demander à des artistes contemporains d’interpréter et d’illustrer la Divine Comédie,

Ont répondu à cet appel, 15 artistes représentants de la Transavanguardia, de l’École de San Lorenzo, de l’Anachronisme et de l’Hypermanierisme, qui ont produit pour l’occasion 3 ou 4 œuvres chacun.: Omar Galliani, Ivan Theimer, Bruno Ceccobelli, Mimmo Paladino, Giuseppe Gallo, Enzo Cucchi, Piero Pizzi Cannella, Stefano Di Stasio, Marco Tirelli, Sandro, Gianni Dessì, Nunzio Di Stefano, Emilio Isgrò, Giuseppe Stampone et Roberto Barni

Après avoir enchanté le public de Buenos Aires, où l’exposition a été présentée à l’occasion du 83e Congrès international de Dante ce corpus constamment mis à jour est exposé du 5 au 16 mars au Palazzo Firenze sous la coordination scientifique de Chiara Barbato et Valentina Spata avec le soutien du Ministère du Patrimoine Culturel et des Activités en collaboration avec la Municipalité et le Comité Dantesque de Foligno.

Selon le Secrétaire général de La Dante Alighieri, Alessandro Masi: « Dante représente un défi incontournable pour les artistes du XXe siècle : De Guttuso, qui a illustré toute la Divine Comédie, à Dali et Isgrò lui-même. Dante représente un point fondamental dans l’imaginaire : là où l’homme traverse le sacré. Que nous le voulions ou non, nous appartenons au sacré et c’est au sacré que nous revenons. Dante nous le rappelle. L’art ne peut s’empêcher de révéler le divin et, comme le dit l’exégète français Paul Beauchamp, de rendre l’insupportable supportable ».